HENRI FANTIN-LATOUR (1836-1904)

 

HENRI FANTIN-LATOUR (1836-1904), 

LE MEILLEUR DU XIXe SIÈCLE




"L'HOMME JUSTE"

D'ARTHUR RIMBAUD

Le Juste restait droit sur ses hanches solides :Un rayon lui dorait l’épaule ; des sueursMe prirent :  » Tu veux voir rutiler les bolides ?Et, debout, écouter bourdonner les flueursD’astres lactés, et les essaims d’astéroïdes ?

 » Par des farces de nuit ton front est épié,Ô juste ! Il faut gagner un toit. Dis ta prière,La bouche dans ton drap doucement expié ;Et si quelque égaré choque ton ostiaire,Dis : Frère, va plus loin, je suis estropié !  »

Et le juste restait debout, dans l’épouvanteBleuâtre des gazons après le soleil mort : » Alors, mettrais-tu tes genouillères en vente,Ô Vieillard ? Pèlerin sacré ! barde d’Armor !Pleureur des Oliviers ! main que la pitié gante !

 » Barbe de la famille et poing de la cité,Croyant très doux : ô coeur tombé dans les calices,Majestés et vertus, amour et cécité,Juste ! plus bête et plus dégoûtant que les lices !Je suis celui qui souffre et qui s’est révolté !

 » Et ça me fait pleurer sur mon ventre, ô stupide,Et bien rire, l’espoir fameux de ton pardon !Je suis maudit, tu sais ! je suis soûl, fou, livide,Ce que tu veux ! Mais va te coucher, voyons donc,Juste ! je ne veux rien à ton cerveau torpide.

 » C’est toi le Juste, enfin, le Juste ! C’est assez !C’est vrai que ta tendresse et ta raison sereines Reniflent dans la nuit comme des cétacés, Que tu te fais proscrire et dégoises des thrènes Sur d’effroyables becs-de-cane fracassés !

 » Et c’est toi l’oeil de Dieu ! le lâche ! Quand les plantes Froides des pieds divins passeraient sur mon cou,Tu es lâche ! Ô ton front qui fourmille de lentes !Socrates et Jésus, Saints et Justes, dégoût !Respectez le Maudit suprême aux nuits sanglantes !  »

J’avais crié cela sur la terre, et la nuit Calme et blanche occupait les cieux pendant ma fièvre.Je relevai mon front : le fantôme avait fui,Emportant l’ironie atroce de ma lèvre…– Vents nocturnes, venez au Maudit ! Parlez-lui,

Cependant que silencieux sous les pilastres D’azur, allongeant les comètes et les noeudsD’univers, remuement énorme sans désastres, L’ordre, éternel veilleur, rame aux cieux lumineux Et de sa drague en feu laisse filer les astres !

Ah ! qu’il s’en aille, lui, la gorge cravatée De honte, ruminant toujours mon ennui, doux Comme le sucre sur la denture gâtée.– Tel que la chienne après l’assaut des fiers toutous,Léchant son flanc d’où pend une entraille emportée.

Qu’il dise charités crasseuses et progrès…– J’exècre tous ces yeux de Chinois ou daines,Puis qui chante : nana, comme un tas d’enfants près De mourir, idiots doux aux chansons soudaines :Ô Justes, nous chierons dans vos ventres de grès !

Arthur Rimbaud, Poésies, 1870-71




QUE VEUT DIRE ARTHUR RIMBAUD, DANS LE POÈME "L'HOMME JUSTE" ?

« L'Homme juste » est un poème de 1871, l'une des dernières pièces que Rimbaud envoie avant sa rupture avec la poésie versifiée classique — il appartient à la période de la révolte la plus âpre, contemporaine de la Lettre du Voyant.


Une apostrophe rageuse

Le poème prend la forme d'une adresse directe, presque une invective, à une figure du « juste » — l'homme de bien, le sage établi, celui qui incarne la morale conventionnelle, peut-être teintée de figure christique ou paternelle (certains y lisent une charge contre le Dieu biblique lui-même, ou contre la figure du père). Rimbaud s'en prend à sa suffisance, à son sommeil tranquille pendant que le monde brûle et que le poète, lui, se déchire.


Le motif central : l'insomnie contre le sommeil moral

Ce qui structure le texte, c'est l'opposition entre le « juste » qui dort — inconscient, imperturbable, protégé par sa bonne conscience — et le poète qui veille, agité, habité par une révolte quasi luciférienne. Rimbaud se pose en douleur vivante, en insurgé, face à cette sérénité qu'il juge complice de l'ordre établi et donc profondément odieuse.


Portée

C'est un texte de rupture : Rimbaud y règle ses comptes avec toute figure d'autorité morale — religieuse, paternelle, sociale — qu'il perçoit comme une forme de mensonge confortable. On y retrouve la logique du Voyant : le poète doit se faire « voyant » par le dérèglement de tous les sens, contre la fadeur rassurante de la justice bourgeoise.




HENRI FANTIN-LATOUR UN HOMME DANS LE SIÈCLE

Henri Fantin-Latour (1836-1904) admirait Delacroix dont il fit un portrait célèbre et reproduit de nombreuses fois dans les manuels d'histoire. Il admirait Courbet dont il vit l'immense toile intitulée L'atelier du peintre dès sa première présentation publique en 1855, visite à laquelle doivent ses tableaux les plus connus, les portraits de groupe comme Hommage à Delacroix (1864), Un atelier aux Batignolles (1870) où figurent notamment Claude Monet, Auguste Renoir et Édouard Manet dont il était proche, Coin de table (1 872) où l'on voit Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, et Autour du piano (1885) avec Emmanuel Chabrier et Vincent d'Indy.




QUI ÉTAIT HENRI FANTIN-LATOUR ?

Né à Grenoble en 1836, il est initié à la peinture par son père, le portraitiste Théodore Fantin-Latour. Après le déménagement de sa famille à Paris, il rejoint l’atelier de Lecoq de Boisbaudran. Il devient par la suite élève à l’École des Beaux-Arts, tout en consacrant une grande partie de son temps à la copie des Maîtres anciens au Louvre. Au cours de sa formation, il se lie d’amitié avec James Abbott Whistler et Édouard Manet, notamment. Ces artistes, qu’il retrouve au café Guerbois, marquent la génération des impressionnistes. Malgré une grande amitié, Fantin-Latour ne rejoint pas leur mouvement esthétique et conserve, tout au long de sa vie, un style plus traditionnel et une palette plus sombre.


Henri-Théodore Fantin-Latour, portraitiste

Au cours de sa jeunesse et de ses années de formation, Fantin-Latour travaille principalement sur des portraits intimistes et plutôt austères. Il réalise à cet égard une importante série d’autoportraits, troublants et sombres. Ses deux sœurs prennent quant à elles les traits de brodeuses ou de liseuses dans de petites scènes de la vie quotidienne.



A partir du milieu des années 1860, l’artiste travaille plus particulièrement sur les portraits collectifs, développant une approche innovante. Ces œuvres représentent ses amis artistes et écrivains dans des compositions savamment élaborées, souvent déroutantes.

Avec Hommage à Delacroix (1864), Fantin-Latour peint notamment les portraits du critique Jules Champfleury, du poète Charles Baudelaire ou encore des peintres Manet et Whistler. Dans Un Atelier des Batignolles (1870), autre portrait de groupe bien connu de l’artiste, apparaissent notamment Auguste Renoir, Émile Zola ou encore Frédéric Bazille.



Ces portraits collectifs font, de nos jours, figure de véritables manifestes du XIXe siècle.

Henri-Théodore Fantin-Latour : de la nature morte aux œuvres d’imagination

En parallèle, Fantin-Latour ne cesse de s’adonner à la nature morte. Les fleurs, son sujet de prédilection y est traité avec réalisme, douceur et virtuosité. Ces œuvres rencontrent notamment le succès en Angleterre, où l’artiste rejoint à plusieurs reprises son ami Whistler.  

Pourtant, à la fin des années 1860 Fantin-Latour exprime une certaine lassitude vis-à-vis du portrait et de la nature morte. Progressivement, il consacre une partie toujours plus importante à ses œuvres dites « d’imagination ». Ces compositions poétiques, à la différence du reste de son travail, se caractérisent par un univers irréel et féérique. L’artiste y mêle sujets mythologiques et musique, reprenant les thèmes de compositeurs tels que Berlioz, Schumann ou encore Wagner.

Cette facette moins connue du travail de Fantin-Latour témoigne de la grande richesse de son œuvre. L’artiste, décédé en 1904 dans le petit village de Buré, figure aujourd’hui dans les collections du Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, au MET de New York ou encore à la Tate Gallery de Londres. En 2016-2017, la rétrospective Fantin-Latour, À fleur de peau retrace sa carrière au Musée du Luxembourg.




LE STYLE DE FANTIN-LATOUR

Fantin-Latour occupe une position singulière dans la peinture française du XIXe siècle — à la fois intime et savant, réfractaire aux étiquettes de son temps.


Une facture entre réalisme et rêverie

Son style se caractérise par un dédoublement fondamental. D'un côté, les natures mortes et les portraits de groupe (Un atelier aux Batignolles, Coin de table) relèvent d'un réalisme méticuleux, presque hollandais dans son observation minutieuse de la matière — pétales, verre, étoffes. De l'autre, ses compositions imaginaires — hommages à Wagner, scènes tirées du Rheingold ou de Tannhäuser, figures féminines flottant dans des brumes lithographiques — cultivent un flou, une dissolution des contours qui annonce le symbolisme.




La leçon des maîtres anciens

Fantin-Latour a beaucoup copié au Louvre — Titien, Véronèse, Chardin surtout. De Chardin il retient l'économie de moyens, la lumière tamisée, le silence des objets ; c'est là un point de résonance avec votre goût pour La Tour. Mais chez Fantin-Latour, la pénombre n'est jamais dramatique : elle est feutrée, presque assourdie, sans le tranchant du clair-obscur baroque. Les fonds sombres de ses portraits (souvent des bruns et des gris profonds) enveloppent la figure plutôt qu'ils ne la révèlent par contraste violent.


Un tempérament à contre-courant

Ami des impressionnistes (il figure dans L'Atelier aux Batignolles aux côtés de Manet, Renoir, Monet), il refuse pourtant leur dissolution de la forme en plein air. Il reste attaché au dessin, à la construction du volume — ce qui explique son statut d'outsider : trop littéral pour les symbolistes, trop rêveur pour les réalistes.




LA CÔTE DE FANTIN-LATOUR

Sa cote sur le marché de l’art peut s’élever jusqu’à pas moins de 880 200 euros. Il est notamment connu pour ses portraits et natures mortes et est exposé au Quai d’Orsay notamment.

 

PEINTURE

Henri-Théodore Fantin-Latour a notamment réalisé des portraits collectifs et des natures mortes dont les estimations oscillent entre 3 900 et 880 200, le record d’estimation de toutes catégories confondues.

Le record de vente pour la peinture est atteint par l’huile sur toile, Bouquet de fleurs (1889), estimée 2 000 000 voire 3 000 000 de dollars et adjugée vendue 3 200 000 de dollars.




ESTAMPES

Les estampes d’Henri-Théodore Fantin-Latour sont souvent des nus, parfois de figures mythologique comme Cupidon.

Il s’agit plus précisément de lithographies estimées quelques dizaines d’euros jusqu’à une dizaine de milliers d’euros. L’oeuvre la plus estimée est une lithographie qui a trouvé preneur à 28 736 à New York. C’est un bouquet de fleurs, l’une des oeuvres phares de l’artiste.


DESSINS ET AQUARELLES

De même, parmi ses dessins défilent des allégories ainsi que des peintures historiques et religieuses dans des tons grisâtres et bruns. Son trait est fin et la retranscription psychologique des personnages est précise. Notamment réalisés à la mine de plomb, ses dessins sont estimés une centaine d’euros voire une centaine de milliers d’euros.




UNE MUSIQUE D'UN BONHEUR CONTAGIEUX

WAGNER TANNHAUSER OUVERTURE  

https://music.youtube.com/watch?v=o-NI4WixVUg&si=lxbYbs7d41dwulXE



Richard Wagner (1813-1883) est un compositeur et chef d'orchestre allemand, né à Leipzig le 22 mai 1813 et mort à Venise le 13 février 1883. Il a profondément révolutionné la musique romantique et l'opéra grâce à son concept de « drame lyrique » et son utilisation du Leitmotiv.




IL ÉTAIT UNE FOIS RICHARD WAGNER

Né à Leipzig, il se passionne très tôt pour le théâtre avant de se consacrer à la musique et d'étudier à l'université de Leipzig.


SON STYLE

Il révolutionne l'art lyrique avec des œuvres monumentales comme Tristan et Isolde, L'Anneau du Nibelung (la Tétralogie) ou Parsifal.


UN HOMME UNE VILLE

Bayreuth : Soutenu par le roi Louis II de Bavière, il fait construire son propre Festspielhaus (Palais des festivals) à Bayreuth en Allemagne, entièrement dédié à la représentation de ses œuvres.


VOUS AVEZ BON GOÛT !​ 

Ce qui m'anime dans cette quête c'est la curiosité intellectuelle, le goût de la connaissance et l'envie de savoir. Si vous êtes comme moi, avec l'envie d'apprendre, aux rivages de la beauté musicale, picturale, poétique​.​


CULTURE JAI 

(​L'Histoire de l'Art​ en Musique)

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LES LUMIÈRES DE VERSAILLES

​(Histoire Moderne en Musique)​

https://leslumieresdeversailles.blogspot.com/

SING SANG SUNG  

(Pop anglaise traduite)​

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CINÉ CINÉMA  

(Netflix)​

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