MADONE À L'ENFANT DE LÉON PERRAULT (1832-1908)
MADONE À L'ENFANT
DE LÉON PERRAULT (1832-1908)
À UNE MADONE
CHARLES BAUDELAIRE
Ex-voto dans le goût espagnol
Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse,
Un autel souterrain au fond de ma détresse,
Et creuser dans le coin le plus noir de mon coeur,
Loin du désir mondain et du regard moqueur,
Une niche, d'azur et d'or tout émaillée,
Où tu te dresseras,
Statue émerveillée.
Avec mes Vers polis, treillis d'un pur métal
Savamment constellé de rimes de cristal,
Je ferai pour ta tête une énorme Couronne ;
Et dans ma jalousie, ô mortelle Madone,
Je saurai te tailler un Manteau, de façon
Barbare, roide et lourd, et doublé de soupçon,
Qui, comme une guérite, enfermera tes charmes ;
Non de Perles brodé, mais de toutes mes Larmes !
Ta Robe, ce sera mon Désir, frémissant,
Onduleux, mon Désir qui monte et qui descend,
Aux pointes se balance, aux vallons se repose,
Et revêt d'un baiser tout ton corps blanc et rose.
Je te ferai de mon Respect de beaux Souliers
De satin, par tes pieds divins humiliés,
Qui, les emprisonnant dans une molle étreinte,
Comme un moule fidèle en garderont l'empreinte.
Si je ne puis, malgré tout mon art diligent,
Pour Marchepied tailler une Lune d'argent,
Je mettrai le Serpent qui me mord les entrailles
Sous tes talons, afin que tu foules et railles,
Reine victorieuse et féconde en rachats,
Ce monstre tout gonflé de haine et de crachats.
Tu verras mes Pensers, rangés comme les Cierges
Devant l'autel fleuri de la Reine des Vierges.
Étoilant de reflets le plafond peint en bleu,
Te regarder toujours avec des yeux de feu ;
Et comme tout en moi te chérit et t'admire,Tout se fera Benjoin, Encens, Oliban, Myrrhe,
Et sans cesse vers toi, sommet blanc et neigeux,
En Vapeurs montera mon Esprit orageux.
Enfin, pour compléter ton rôle de Marie,
Et pour mêler l'amour avec la barbarie,
Volupté noire ! des sept
Péchés capitaux,
Bourreau plein de remords, je ferai sept Couteaux
Bien affilés, et, comme un jongleur insensible,
Prenant le plus profond de ton amour pour cible,
Je les planterai tous dans ton
Coeur pantelant,
Dans ton Coeur sanglotant, dans ton Coeur ruisselant !
ANALYSE DU POÈME
À UNE MADONE DE BAUDELAIRE
Dans les Fleurs du Mal, Baudelaire développe une poésie éprise d’idéal mais traversée par l’expérience du spleen, mélancolie des temps modernes. Dans ce contexte, la femme a un statut ambigu : si elle est un moyen d’accéder à l’idéal, dans des poèmes comme À une passante ou La Chevelure, elle se présente parfois aussi comme un être inquiétant : ainsi les « femmes damnées » sont-elles des « démons », des « monstres », des « martyres ». Dans « A une Madone », cinquante-septième poème des Fleurs du Mal, la femme est aussi une « Madone », qui possède un « rôle de Marie » : la femme à laquelle s’adresse le poète est tout autant une figure d’amante qu’une figure sacrée. Si le poème se voue à la glorification de l’être aimé, la fin du poème, séparée par un saut de vers, se révèle surprenante…
On peut ainsi se demander comment la représentation de la femme, dans ce poème, contribue à dessiner une conception de la poésie, qui s’inscrit en porte-à-faux vis-à-vis d’une tradition qui voudrait faire de la poésie un simple outil de sacralisation au service du beau. En effet, si Baudelaire s’approprie la tradition de l’éloge visant à glorifier l’être aimé, le poète infléchit celle-ci dans un sens contraire, puisque la cruauté paraît prendre le pas sur l’éloge, si bien que c’est peut-être deux conceptions de l’art poétique qui s’opposent, l’une faisant du poète un sculpteur au service de la beauté, l’autre ayant recours à la violence destructrice dans un geste iconoclaste.
Ce poème s’inscrit dans la tradition de l’éloge à la femme aimée. On peut penser, par exemple, aux Amours de Ronsard, suite de sonnets à la gloire de Cassandre.
Le titre même du poème montre que celui-ci est adressé « à une madone ». Aussi la deuxième personne y est-elle omniprésente. Le croisement des marques de première et deuxième personne illustre la situation d’énonciation, qui fait du poème une offrande.
La femme aimée est considérée de façon méliorative : ses « charmes » sont évoqués au vers 13, et son « corps blanc et rose » (v. 18) est magnifié par le « Désir » du poète. Pour chanter la beauté de la femme aimée, Baudelaire recourt à la tradition du blason, comme permet de l’attester l’important champ lexical des parties du corps (« tête », « charmes », « ton corps blancs et rose », « tes pieds divins », les « talons »…).
La dimension sensuelle de la femme aimée est soulignée : la reprise de termes « mon Désir, frémissant, / Onduleux, mon Désir qui monte et qui descend » intensifie l’expression du désir dans un chiasme {Désir / Adj1 // Adj2 / Désir}. Les adjectifs « frémissant » et « onduleux », le rythme binaire « qui monte et qui descend », l’évocation des « pointes » et des « vallons » qui se prolonge par la mention du « baiser » s’inscrivent dans une parole sensuelle qui souligne la dimension charnelle de la femme aimée.
L’éloge de la femme aimée s’affirme nettement au vers 33, « tout en moi te chérit et t’admire », qui définit un amour total, sans limites, à travers l’utilisation du pronom indéfini « tout ». Baudelaire redouble le verbe « te chérit » par un deuxième verbe « t’admire », construisant ainsi un rythme binaire qui porte l’intensité de son amour.
Le poème de Baudelaire présente la femme aimée comme un être supérieur. Comparée à un « sommet blanc est neigeux », elle se situe à des hauteurs inaccessibles au poète, qui cherche à s’élever. L’image du « Serpent » placé sous les talons de la femme aimée montre que le poète est minuscule face à la femme aimée. Le « Respect » du poète signe la posture humble de celui-ci face à une femme représentée comme un modèle de perfection absolue. Les « Pensers » du poète (orthographe ancienne pour « pensées », sous la forme de l’infinitif substantivé du verbe « penser ») sont comparés à des « Cierges » destinés à honorer la femme aimée : le poète est donc dans la posture de l’adorateur, de celui qui s’agenouille face à un être supérieur. L’affirmation « tout en moi te chérit et t’admire » le montre aussi. Surtout, la possibilité que « tout [son] art diligent » ne soit pas capable de rendre compte de la femme aimée révèle la supériorité de la femme aimée par rapport aux possibilités de l’art et de la poésie elle-même. Le champ lexical de la religion suffit à montrer que la femme aimée est divinisée.
En adressant son poème « à une madone », Charles Baudelaire conduit l’éloge de la femme aimée jusqu’à la sacralisation. S’il s’inscrit ainsi dans le sillage d’une longue tradition poétique, il fait cependant preuve de modernité en ce que l’éloge ne masque pas la cruauté de la femme aimée.
La force romantique du sentiment, capable d’aller jusqu’à la violence, et la perfection esthétique de la beauté parnassienne semblent s’associer plutôt que se repousser dans ce poème. C’est que Baudelaire n’est pas enfermé dans un mouvement littéraire. Il est imprégné des esthétiques de son temps tout en conservant sa propre liberté.
En effet, la construction de la « Statue » vise certes à faire l’éloge d’une perfection esthétique mais s’inscrit aussi dans la logique de l’offrande amoureuse. Plus précisément, on remarque que les matériaux utilisés par le poète sont des matériaux métaphoriques : le « Manteau » est fabriqué avec la « Jalousie » du poète, sa doublure est faite avec le « soupçon » du poète. Le vers « Non de perles brodé, mais de toutes mes Larmes ! » utilise la séparation traditionnelle de l’alexandrin en deux moitiés égales (les hémistiches) pour souligner l’opposition entre des matériaux réels (les « parles ») et des matériaux métaphoriques (les « Larmes »). De même, la « Robe » est taillée dans le « Désir » du poète, et les « Souliers » avec son « Respect ».
Dès lors, c’est avec son être même que Baudelaire construit la Statue : autrement dit il s’offre corps et âme à sa création, et c’est pour cette raison que cette création est aussi une souffrance (d’où la violence finale).
Le poète apparaît comme un démiurge (c’est-à-dire un créateur tout puissant) qui donne la vie à la femme aimée en puisant l’énergie nécessaire dans son propre être.
POUR CONCLURE SUR CE POÈME
En somme, si, d’une part, le motif de la sculpture correspond au culte parnassien de la Beauté idéale, et si, d’autre part, l’expression des sentiments et de la violence correspond à une forme de romantisme, en réalité, dans le poème, ces deux voies sont mêlées, parce que cette Statue idéale est construite à partir du poète lui-même, à partir de sa « Jalousie », de son « soupçon », de ses « Larmes », de son « Désir », de son « Respect ». C’est là, à mon sens, que se trouve le génie de Baudelaire.
BIOGRAPHIE DE LÉON PERRAULT
Léon Perrault (1832-1908) artiste peintre français.
Son talent pour le dessin est remarqué très tôt. Grâce à une bourse de sa ville natale, il monte à Paris en 1851 pour entrer à l'École des Beaux-Arts.
William Bouguereau, qui aura une influence déterminante sur son style et sa carrière. Perrault restera toute sa vie un fidèle disciple de l'esthétique de Bouguereau.
La Peinture de Genre Sentimental : Ses scènes mettant en scène des enfants (souvent espiègles ou dans des situations touchantes) et de jeunes mères deviennent sa marque de fabrique et assurent sa popularité. Elles incarnent les valeurs familiales et la nostalgie d'une enfance idéale.
Son style est d'une grande virtuosité technique. Ses compositions sont équilibrées, ses dessins précis et ses couleurs harmonieuses. Il maîtrise parfaitement le rendu des chairs, des textures des étoffes et des détails.
Léon Perrault fut un brillant représentant de la peinture académique française de la seconde moitié du XIXe siècle. Élève et continuateur de Bouguereau, il a su répondre avec talent au goût de son époque pour les sujets gracieux, sentimentaux et parfaitement exécutés, incarnant l'idéal de beauté et de maîtrise artisanale défendu par l'Académie des Beaux-Arts.
UNE MUSIQUE D'UN BONHEUR CONTAGIEUX
SALVE REGINA DE HANDEL
https://music.youtube.com/watch?v=MZdxKoHVIwg&si=6pgZ6G73TEZ8ZNDj
Le Salve Regina (HWV 241) est une antienne composée par George Frideric Handel vers 1707. Il est fort probable que l'œuvre ait été créée pour la Trinité à Vignanello, le 17 juillet 1707, en l'église Santa Maria in Montesanto, sous le patronage de la famille Colonna.
L'œuvre s'inspire des hymnes mariaux et de leurs textes de supplication. Une exécution dure généralement près de 12 minutes.
VOUS AVEZ BON GOÛT !
Ce qui m'anime dans cette quête c'est la curiosité intellectuelle, le goût de la connaissance et l'envie de savoir. Si vous êtes comme moi, avec l'envie d'apprendre, aux rivages de la beauté musicale, picturale, poétique.
CULTURE JAI
(L'Histoire de l'Art en Musique)
https://vincentdelaplageculturejai.blogspot.com/
LES LUMIÈRES DE VERSAILLES
(Histoire Moderne en Musique)
https://leslumieresdeversailles.blogspot.com/
SING SANG SUNG
(Pop anglaise traduite)
https://singsangsungenglishmusic.blogspot.com/
CINÉ CINÉMA
(Netflix)
https://cinecinemavincent.blogspot.com/
#culturejaiflash
#leslumièresdeversailles
#SingSangSung
#cinésérie #cinécinéma
#jaimelhistoire
#uneespérancehumaine
#labeauteduvivant
#artmoderne
#peinturefigurative
#photosinstantannees
#lhumourenpolitique
#amusezvous
#lamusiquequejaime
#unjourunlivre
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
Commentaires
Enregistrer un commentaire